Hier nous sommes allés au party d'un collègue de travail, mais surtout grand ami de Claude; Eric. Ça fait au moins cinq ans qu'il organise cette fête d'été, à chaque année vers la même date. Nous n'en avons jamais manqué une, même que l'an dernier, nous y avions amené Alexandre qui n'avait que cinq jours. La fête de "jeunes travailleurs plutôt riches" où s'accumulaient des tonnes de bouteilles de bière vides sous l'arbre est tranquillement devenue une fête de famille, où les enfants et les grands s'amusent et courrent mais où il ne reste que quelques irréductibles autour du feu à 22h.
En riant, mais peut-être en riant jaune, Eric disait qu'à l'avenir, ceux qui ont des enfants ne seraient plus invités pour éviter que le party finisse trop tôt et avec tout le monde trop à jeun... Hmmm... Lui qui est célibataire pour le moment (à ce que je sache...) risque-t-il de se retrouver quasi-seul à son beau gros party?
C'est un peu une autre vie, celle de parent. Pas qu'on fasse des choses si différentes, la game de volleyball a eu lieu pareil, on a eu chaud pareil, certains se sont baignés pareil, on a mangé autant de hot-dog... Sauf qu'on a moins bu, on est venus avec nos coolers remplis de bière et de lait, pis nos sacs à couches. Pour nous, c'est aussi l'fun, parce qu'on est bien dans la vie qu'on a choisie, mais je comprends que pour ceux qui n'en ont pas encore, sans être nécessairement dérangeant, ça semble bien différent.
Ça m'a fait réfléchir. Le "problème" se pose avec d'autres amis à moi. Pascal, par exemple, que je voyais très régulièrement. Chez eux, le souper commence rarement avant 8h, ce qui fait que chez eux, lorsqu'ils sortent de table, je commence déjà à songer à me coucher... Alors pour moi, ça devient une sortie "spéciale" d'aller chez eux, c'est pas quelque chose que je peux faire, comme ça, n'importe quand. Il faut que je sois en forme, capable de supporter le manque de sommeil qui s'en suivra (parce qu'à 6h ou 7h, chez nous, le réveil est innévitable, surtout que j'allaite encore). En fait ce n'est pas vraiment un problème, mais plutôt que de d'être une sortie courrante, ça devient de plus en plus un "événement". Et c'est malheureux parce que ça devient de plus en plus rare et s'ensuivent les conséquences, c'est à dire que comme on se voit moins, on se déconnecte un peu, et comme on se déconnecte un peu, c'est un peu moins profond quand on se voit et ainsi de suite, de moins profond, on est moins dépendant de cette relation et donc ça devient moins fréquent, et le cercle (plus ou moins vicieux) recommence.
Je sais que dans la vie, il n'en tient qu'à nous d'alimenter et de conserver précieusement nos relations d'amitié, mais sans le vouloir vraiment, nous ne le faisons pas toujours. Pour ne prendre que l'exemple de Pascal, parce que je suis plus consciente de l'impact que ça a eu dans cette relation en particulier, je réalise que je finis par faire des choix qui ont pour conséquences de moins fréquentes rencontres. Par exemple en musique. Nous jouions beaucoup ensemble, mais comme chez moi j'ai fini par presque arrêter de jouer, ça ne peut faire autrement qu'influencer notre "besoin" de se voir. Je dis besoin parce que dans la musique, j'avais besoin de lui pour avancer; il m'enseignait, mais en même temps, il avait besoin en quelques sorte de ces temps qu'on passait ensemble pour consolider ses acquis, et il en profitait pour travailler des notions différentes comme de jouer à très basse vitesse, de s'adapter à mon rythme, etc.
Dans mon cas, je ne pense pas que ça change l'amitié elle-même. Je continue d'avoir le même amour pour Pascal, mais comme la relation change, que les événements sont différents et que les circonstances de nos rencontres aussi, je ne peux nier que la force du lien et la profondeur de nos échanges ont été modifiés. Pour le mieux? Pour le pire? Je n'ai pas le goût d'évaluer ça. Différent, c'est tout. Mais je ne peux faire autrement que d'avoir hâte qu'il ait lui aussi des enfants pour que, je l'espère, nous revenions un peu plus sur la même longueur d'onde.
Finalement, il y a un autre volet à ça. C'est l'attirance de la vie "de célibataire" pour un(e) non célibataire. Je dis célibataire, mais en fait, je parle plutôt de la vie de parent. C'est juste qu'on dit souvent une vie de célibataire, en parlant d'aller veiller, de se coucher tard, de se lever tard... Bref, avec ou sans conjoint(e), je parle de l'espèce de liberté (phénomène "overrated" tant qu'à moi ;)) que vivent les gens sans enfants.
Moi qui suis à la maison, avec mon fils à tous les jours, je ne peux imaginer la vie sans lui maintenant. Ses sourires, ses exploits, ses bravos ou ses byebyes quand je ne m'y attends pas (exemple, quand je parle au téléphone en l'allaitant et que je raccroche, il arrête de boire pour faire byebye parce que je viens de le dire...haha). Le voir arriver dans le cadre de porte, sur son petit cheval à roulette qu'il vient nouvellement de réussir à monter seul, et à faire avancer sans aide, ça vaut toutes les games de 25cennes du Peel Pub, c'est certain. En fait, non, c'est pas certain. J'ai vécu des émotions intenses dans ce temps là et j'ai souvent la nostalgie (pas de la bière à l'eau et du spag recyclé mais des amis avec qui je sortais et des relations que j'avais avec eux) de cette époque. Sauf qu'aujourd'hui, je n'en suis plus là. J'en parlais justement avec Myriam cette semaine. Elle me disait qu'elle, ça ne lui tentait même plus ces choses là. Pas moi, ça me tente encore, mais je fais des choix et aujourd'hui, je n'ai vraiment, mais vraiment pas le goût d'abandonner 4h de sommeil pour vivre une game de "molson poker". Ma vie est belle et je l'ai choisie ainsi. Le package-deal qui vient avec la vie d'étudiante que j'avais ne m'intéresse plus dans son ensemble. C'est certain qui si je pense au fun que j'avais ok, c'est vrai que ça me manque, mais pas tout ce qui est autour.
Et c'est ça qui est difficile je crois, pour nous les parents. On voit les "célibataires" sortir, avoir du fun, nous conter leurs aventures un peu folles et on les envie. Mais ils ne nous racontent pas le mal de bloc qui vient avec. Ils ne nous racontent pas que ça leur a coûté 150$ pis que s'ils avaient une maison (autant à leur goût que celle que nous avons choisie pour nous), ils n'arriveraient pas à payer le loyer. Ils ne nous racontent pas non plus que sur la rue, ils ont vu passer une maman avec ses deux petites filles blondes avec des jolies bouclettes et que les larmes leur ont monté aux yeux parce qu'avec la vie qu'ils vivent maintenant, ils ne sont pas près de se caser et d'en avoir à eux, des petits bout-de-choux à aimer tendrement.
Libellés : Reflexion